- Enseignant-e: Martin Rueff
Ba6 – Mardi 10-12 Madame de Staël, Corinne ou de l’Italie
« La littérature féminine d’Ancien Régime constituerait donc un impensé philosophique et politique pour les féministes d’aujourd’hui », Jennifer Tamas, Au Non des femmes, Libérer nos classiques du regard masculin, Paris, Seuil, La Couleur des idées, 2023, p. 32
Madame de Staël (1766-1817) publie Corinne ou de l’Italie en 1807 : l’aventure des amoureux empêchés par des histoires de famille et par la loi des pères, la noblesse des sentiments, la supériorité de l’héroïne, les effets de reconnaissance ratée, mais aussi le récit des voyages et l’attrait de l’Italie ont beaucoup fait pour le succès de ce roman aujourd’hui un peu oublié. Ce grand roman d’amour est aussi le roman d’une éducation sensible aux différences géographiques à l’Europe : il se déroule entre l’Italie et l’Angleterre, oppose les caractères des nations, leurs passions, leurs arts.
Madame de Staël dit son amour pour la beauté de l’Italie et Corinne la poétesse guide Oswald à travers Rome comme elle nous renseigne sur les mœurs des Italiens et sur leur littérature. Dante côtoie Shakespeare, Corinne se voit en Juliette.
Le roman porte le drame et le poème.
Mais ce qui frappe aujourd’hui, c’est qu’une femme raconte la passion amoureuse en son nom, en toute liberté. Madame de Staël est auteure ; elle fait de Corinne une poétesse et une actrice qui joue la passion ; elle aime et Corinne aime ; elle est victime des intrigues politiques (Napoléon l’a bannie de France) et Corinne subit le joug des préjugés. Elle se veut libre ; Corinne essaie de l’être.
On ne cherchera pas à lire dans Corinne ou l’Italie les réponses du présent aux difficultés de l’agentivité féminie. On essaiera de se rendre sensible aux questions du passé que pose ce roman important, émouvant, étonnant.
Edition conseillée : Corinne ou de l’Italie, éd. S. Balayé, Folio, 1985.
