- Enseignant-e: Cécile Neeser Hever
Ce séminaire s’interrogera sur le geste de la réécriture, en particulier la réécriture contemporaine des « grands » textes de la littérature occidentale. Depuis la fin des années 1960, et sous l’impulsion des mouvements féministes et post-coloniaux, on observe de nombreuses réécritures littéraires des « grands récits », considérés comme appartenant à une tradition imposante, voire oppressive. Font l’objet de ces « révisions » : la mythologie grecque – de Kassandra de Christa Wolf (1983) à The Penelopiad de Margaret Atwood (2005) ; les drames shakespeariens – on pensera par exemple à Une tempête, de l’écrivain martiniquais Aimé Césaire (1969), réécriture anti-colonialiste de The Tempest de Shakespeare ; ou encore des textes plus récents devenus des classiques de la littérature mondiale, comme Lolita de Vladimir Nabokov, réécrit du point de vue de Lolita (Diario di Lo de Pia Pera, 1995).
Ces gestes de réinterprétation d’un texte antérieur s’accompagnent par le déplacement de la perspective narrative, l’ajout ou la suppression d’épisodes, ou encore la revalorisation de personnages secondaires du texte original. Ces procédés visent, dans une perspective souvent ouvertement politique, à faire apparaître les impensés et les partis pris du texte réécrit. Mais cette pratique foncièrement contemporaine dans ses formes les plus subversives n’est-elle pas, en fait, constitutive de toute littérature ? De fait, dès l’Antiquité, la création littéraire passe par la reprise d’un matériau antérieur et la tradition classique a longtemps préféré l’imitation à l’innovation. Dans un va-et-vient entre la lecture d’hypotextes et de leurs hypertextes, nous nous poserons cette question : écrire, n’est-ce pas toujours ré-écrire ? Ce faisant, le séminaire introduira différents concepts centraux de la théorie des textes : intertextualité, transfictionnalité, palimpseste…
