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L’Ordre de l’Histoire. Diviser le temps et situer le présent à la Renaissance

 

Au XVIe siècle, déterminer l’ordre du passé revient à fixer la place du présent et à dessiner l’horizon du futur : l’ordre de l’histoire n’est jamais neutre. En alternant lectures de sources imprimées et discussions d’essais critiques, ce séminaire propose aux étudiant.e.s une boîte à outils pour penser l’histoire de leur propre discipline – l’histoire – et ses usages. De la première impression de la Chronique d’Eusèbe aux complexes tables chronologiques du début du XVIIe siècle, Il s’agira d’explorer comment les Européens, entre 1470 et 1620, ont ordonné le passé pour situer leur présent. Nous verrons comment le christianisme impose d’abord une trame linéaire du temps – Création, Incarnation, Jugement –, puis comment la critique philologique et les conflits confessionnels déplacent ces repères vers une histoire universelle centrée sur les États, les empires et les nations.

À travers l’étude de chronographies imprimées, de tables chronologiques et d’histoires universelles, nous analyserons la manière dont les siècles, les monarchies et les âges du monde sont découpés, hiérarchisés et disputés. Nous verrons comment ces choix sont à mettre en relation avec le présent : événements, personnages, conflits, innovations, etc. Dans l’Europe de la Réforme, dater ne relève plus seulement du calcul savant : fixer l’origine d’un concile, l’âge de la Terre ou la succession des empires devient un acte politique, confessionnel voire eschatologique. En parallèle, nous suivrons les réflexions renaissantes sur l’ars historica (écritures de l’histoire, fonction de l’histoire, etc.) et sur la nature du passé (disparu et révolu ? encore présent à travers quels signes ?), désormais perçu comme un territoire étranger qu’il faut situer, contextualiser et parfois critiquer : c’est aussi l’époque où naît le concept moderne d’anachronisme.

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