- Enseignant-e: Martin Rueff
Madame de Staël comme la rédaction de Corinne en 1800 juste après la publication de De la littérature dans ses rapports avec les institutions. Elle a trente-quatre ans. Au fil de la rédaction, elle prend conscience que, malgré qu’elle en ait, son roman « est devenu l’histoire de la destinée des femmes présentée sous divers rapports ». Son grand roman d’amour devient un roman politique. Il est publié en 1802 et Napoléon, alors premier consul, ordonne à Madame de Staël de quitter la France. Il confirme alors la thèse du roman : il est impossible après la Révolution d’être une femme libre.
Libre, Delphine veut l’être : elle aime et butte contre les interdits de la société. Mais la société qu’elle décrit n’est-elle pas celle de toutes les libertés ? De fait il se situe entre 1789 et 1792 à une époque où la Révolution semble devoir satisfaire toutes les exigences d’émancipation.
Ce roman par lettres est celui des passions dans leurs rapports avec les institutions. Il est un magnifique portrait de femme, mais aussi un jalon indispensable entre le roman des Lumières (Julie ou la Nouvelle Héloïse n’est jamais loin) et la littérature du premier romantisme. Ce sont autant de raisons de le lire aujourd’hui et de l’interroger tout à la fois comme un document attestant une époque bouleversée par les luttes et comme un roman bouleversant pour nos luttes intimes et publiques.
Edition préconisée : Madame de Staël, Delphine, édition d’Aurélie Loiseleur, Paris, Gallimard, Folio Classique, 2017 ou Madame de Staël, Dephine, édition de Béatrice Didier, Paris, GF-Flammarion, 1997