L’humanitaire envahit les écrans, les médias et nos vies. Il passe pour l’une des démarches et des valeurs les plus prisées de notre temps. Mais que recouvre exactement ce phénomène ? D’où vient-il ? Quels objectifs poursuit-il ? Quels obstacles rencontre-t-il ? Et que signifie la place dominante qu’il occupe aujourd'hui ? L’histoire du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), la plus ancienne des organisations internationales consacrées à l’aide aux victimes, donne des réponses éclairantes à ces questions. A travers l’approfondissement de plusieurs moments-clés de cette institution vieille de plus de 150 ans, on comprend que l’engouement dont il jouit est récent. L’idéal de compassion sur lequel il repose n’entend pas lutter contre les injustices mais est indissociable du nationalisme comme du colonialisme. De fait, s’il comprend une part indéniable de dévouement, il n’est pas totalement désintéressé. Et c’est précisément cette caractéristique qui lui a permis de durer. De même, s’il est soumis à de nombreuses limites, qu’elles soient financières, pratiques ou intellectuelles, celles-ci ne constituent pas un embarras provisoire mais la condition même de l’humanitaire. Enfin, la notoriété actuelle du concept ne reflète pas uniquement sa consécration comme concrétisation du Bien. Elle a aussi des effets rhétoriques qui peuvent altérer le jeu politique ou la recherche scientifique.

Ainsi, le parcours du CICR met en lumière des réalités contre-intuitives voire carrément dérangeantes. En dernière analyse, il incite à s’interroger sur les causes de l’emballement actuel, issu à la fois de la multiplication des actions et d’un galvaudage lexical, faisant de l’humanitaire une sorte d’équivalent à la notion de bonne intention.