À quoi servent les romans ? « [I]ls servent à vous peindre tels que vous êtes, orgueilleux individus qui voulez vous soustraire au pinceau, parce que vous en redoutez les effets : le roman étant, s'il est possible de s'exprimer ainsi, le tableau des moeurs séculaires, est aussi essentiel que l'histoire au philosophe qui veut connaître l'homme », explique le Marquis de Sade. En résumé, les romans donnent à voir l'homme derrière le masque qu'il affiche lorsqu'il se fait voir, et c'est aussi le cas dans la littérature romanesque chinoise, qui nous dépeint la société de son époque jusque dans ses aspects les plus sombres.

Dans la Chine impériale tardive sont éditées en grand nombre des oeuvres romanesques en langue vulgaire, beaucoup plus dissertes et bruyantes que la grande littérature en langue classique. Comme son homologue en Occident, le roman chinois donne l'occasion à son lecteur de pénétrer plus avant dans les tréfonds de la société, de saisir l'individu dans son intérieur. L'apogée de cette littérature est sans conteste la dynastie Ming, avec ses romans longs, et parmi les différents genres, il en est un qui, bien qu'apprécié, n'en demeurait pas moins souvent interdit par la morale, proscrit comme « licencieux » (yin) : le roman érotique (yanqing xiaoshuo), que certains estampillent volontiers de pornographique, en bref les textes en langue vulgaire décrivant, à différents degrés de détails, les ébats sexuels.

Ce séminaire, donné en français, se propose d'aborder ce genre littéraire à travers la traduction, la contextualisation et l'analyse d'extraits tirés d'un ouvrage de la fin des Ming, l'Histoire de la débauche (Langshi). Les étudiants seront également introduits à la problématique de l'édition de textes anciens, en travaillant sur des reproductions de manuscrits d'époque.