Le paradigme « canonique » de l'histoire littéraire repose sur l'identification de lignes de continuité et de rupture, sur des dynamiques de transmission et d'innovation, se développant dans un cadre documentaire relativement stable. Ce cadre est constitué des oeuvres d'auteurs dont l'activité s'inscrit dans des contextes connus ou reconstructibles.
À bien des égards, le Moyen Âge roman s'écarte de ce modèle. Les textes y sont fréquemment anonymes, et leur contextualisation repose sur des opérations philologiques et linguistiques souvent complexes, qui exigent une analyse minutieuse des manuscrits. Plus fondamentalement encore, les oeuvres qui nous sont parvenues ne représentent qu'une part réduite, voire infime, de la production littéraire de l'époque. L'histoire des littératures médiévales se construit ainsi autour de « vides ».
Ce cours, ouvert aux étudiants de toutes disciplines, vise précisément à interroger ces absences : quels types de textes ont été conservés ? Lesquels ont disparu ? Quels témoignages permettent d'entrevoir ce qui a été perdu ? Et quels outils herméneutiques peuvent nous aider à en esquisser une reconstruction, même partielle ?
Le parcours proposé portera sur les littératures française et occitane des XIIe et XIIIe siècles, en explorant différents genres : lyrique, hagiographie, roman. Parmi les études de cas abordées figureront notamment les récits tristaniens, le Roman d'André de France, un Livre des miracles de sainte Foy, ou encore la lyrique romane d'inspiration populaire.
Après une introduction générale et la présentation de cinq ou six cas d'études par les enseignantes, les étudiants seront invités à s'impliquer activement dans le cours, en menant une analyse personnelle à partir d'un dossier textuel de leur choix.