Le passé est interprété, réinterprété, parfois instrumentalisé, présentant plus de zones d'ombres que d'éléments exploré, selon d'une part les tendances des recherches menées au cours des décennies, et d'autre part des sources existantes, de leur accessibilité, mais aussi du récit lui-même et de sa forme qui, pour citer l'article de Paul Ricoeur « L'écriture de l'histoire» paru dans la célèbre revue des Annales en 2000, est amené à « trafiquer la mémoire avec ses pleins et ses déliés, ses accents et ses silences ». Les tabous s'enkystent à l'articulation entre mémoire et oubli et s'inscrivent derrière le linéaire d'un récit historique au gré d'évènements, de tendances fortes au sein de la société, voire de crises, ce d'autant plus la disparition à court terme de la mémoire dans les transformations accélérées de notre civilisation que diagnostiquait déjà le célèbre historien Pierre Nora dans les années 1980. Le questionnement portant sur le tabou est ainsi au coeur de la réflexion portant sur la construction de l'Etat, de son identité. Quels sont les oublis de la mémoire collective, les impasses de l'histoire, et comment les tabous de hier deviennent les scandales d'aujourd'hui ?