Sous couvert de répondre à l’invitation d’un «ami» qui demande à « comprendre comment » Nerval a « été poète longtemps avant de devenir un humble prosateur », Gérard découpe sa vie littéraire en « trois âges », tout en atténuant la valeur d’une telle saisie : «La vie d’un poète est celle de tous. Il est inutile d’en définir toutes les phases». Ce retour sur soi, et la discrète esquive dont il s’accompagne, se combinent alors pour produire le recueil sans doute le plus composite de Nerval. «Petits châteaux de Bohème», paru en 1852, rassemble aussi bien des souvenirs publiés auparavant en feuilleton que des poèmes appelés à intégrer plus tard «Les Chimères». Prose et poésie se rencontrent, en même temps que les « âges » se brouillent au gré d’effets de retour et de reprise. Le «devenir» du poète s’en trouve questionné, comme l’est la distinction générique sur laquelle se fonde la requête étonnée de l’«ami».

Corpus : Gérard de Nerval, «Petits châteaux de Bohème», in Les Chimères. La Bohème galante. Petits châteaux de Bohème, éd. Bertrand Marchal («Poésie» / Gallimard).