De la personnalité de Jean Froissart, on connaît surtout l'historien, auteur des Chroniques en prose qui relatent les événements de la première moitié de la guerre de Cent Ans (entre 1337 et 1400). Cependant, le chroniqueur sait aussi se faire poète comme le prouvent le roman arthurien Meliador et les nombreux « dits » courtois qui lui sont attribués en marge de son oeuvre historique. Parmi ces dits, il y en a deux qui se concentrent de manière pseudo autobiographique sur les désillusions du premier amour de l'auteur. Dans l'Espinette amoureuse sont relatées les déboires de cette passion à sens unique et dans le Joli buisson de Jonece, situé dix ans plus tard, l'auteur mature est replongé dans l'univers de sa jeunesse par le biais du rêve. Endormi, il pénètre dans un buisson clos, introduit par le personnage allégorique de Jeunesse, où il revoit la dame aimée telle qu'elle était lors de l'aventure de l'Espinette. Cependant, l'amant transi est bien vite ramené à la dure réalité et renonce définitivement aux futilités de la vie et de la poésie amoureuses à la fin du récit. Le souvenir de cet amour évanescent n'est en effet qu'un prétexte pour un examen de conscience, le récit d'un itinéraire spirituel par le biais d'une délicate réflexion autour du temps, thème essentiel auquel Froissart dédie toute son 'uvre, tant historique que poétique.