- Docente: Julie Bévant
Encore aujourd'hui, le Moyen Âge oscille entre deux représentations caricaturales à l'opposé : il est soit vu comme une période très stricte du point de vue moral, où des chevaliers blancs sous le joug des règles de l'Église défendaient la veuve et l'orphelin, soit comme une période de saleté, de violence et de grossièreté. Les fabliaux, de petits contes à rire en vers écrits entre le XIIe et le XIVe siècle, participent plutôt de la seconde image, par leur aspect bouffon et obscène. Allant de courtes pièces elliptiques aux longues péripéties de « Trubert », les textes réunis dans l'anthologie des Fabliaux érotiques font montre d'une verdeur certaine, enchaînant tromperies, scènes de ménage et relations sexuelles explicites. Cependant, loin de s'arrêter à une subversion superficielle et de constituer un genre « vulgaire », ils présentent un intérêt considérable pour l'histoire de la littérature. En effet, ils jouent avec érudition avec la culture littéraire de leur temps, multipliant allusions, citations et détournements. Les preux chevaliers courtois, défaits de leur vernis d'idéal, sont ramenés à un réalisme parfois déconcertant, mais toujours hilarant. Ce séminaire questionnera entre autres la notion d'« obscène » à partir de l'ouvrage de Nelly Labère. De fait, l'obscène n'est pas dans l'objet, mais dans le regard qu'on lui porte : entre dit et non-dit, il « éclaire celui qui voit et celui qui est vu ».
Bibliographie:
Fabliaux érotiques, édition bilingue, publ. et trad. par Luciano ROSSI et Richard STRAUB, Paris, Le Livre de Poche, coll. « Lettres gothiques », 1992
Nelly LABÈRE (éd.), Obscène Moyen Âge?, Paris, Champion, 2015