- Docente: Agnès Vannouvong
Théorie & Méthodologie en Etudes Genre
Semestre printemps – 2024
agnes.vannouvong@unige.ch
Vendredi 15h-18h
Phil 206
Cours 1 : 23 février
Cours 2 : 8 mars
Cours 3 : 22 mars
Cours 4 : 19 avril
Cours 5 : 3 mai
Cours 6 : 17 mai
Séance 1 – 23 février
Intro & concepts - Littérature 1 : Le consentement, Vanessa Springora & Camille Kouchner
Séance 2 – 8 mars
Littérature 2 : Fiction, non-fiction, genre : Maggie Nelson & Virginie Despentes
Séance 3 - 22 mars
Littérature 3 : Déconstruction - genre & sexualité : Monique Wittig & Jean Genet
Séance 4 - 19 avril
Série & cinéma 1 série, genre & sexe La série Sex Education et le film Call me by your name, de Luca Guadagnino
Séance 5 – 3 mai
Série & cinéma 2 : cinéma du risque (Les jeunes amants & Eté 84)
Séance 6 – 17 mai
Vie & Théorie : la question trans Paul B. Preciado + conclusion
Eléments bibliographiques
ESSAIS
• BEAUVOIR (de) S. (1949), Le Deuxième Sexe, Paris, Gallimard, T. I et II.
• BUTLER J. (2005), Trouble dans le genre. Pour un féminisme de la subversion, Paris, La Découverte.
• BUTLER J. (2005), Humain, inhumain. Le travail critique des normes, Paris, Éditions Amsterdam.
• BUTLER J. (2004), Défaire le genre. Paris, Éditions Amsterdam
• CUSSET F. (2003), French Theory, Foucault, Derrida, Deleuze & Cie et les mutations de la vie intellectuelle aux Etats-Unis, La Découverte, Paris.
• DESPENTES, V, (2006), King Kong théorie, Paris, Grasset.
• DORLIN E. (2008), Sexe, genre et sexualités, Paris, PUF.
• FOUCAULT M. (1976-1984), Histoire de la sexualité, Vol. 1 & 2, Paris, Gallimard.
• FREUD S. (1940), « La féminité », dans Nouvelles Conférences sur la psychanalyse, Paris, Gallimard, coll. « Idées ».
• HALBERTSAM J. (1998) Female masculinity, Durham/London, Duke University Press.
• HALBERTSAM J. (2005) In a queer time and place, Transgender bodies, subcultural Lives, New York/London, New York University Press.
• HARVEY R. & Le Brun-Cordier P. (2003) “ Queer, repenser les identités”, Paris, Rue Descartes, revue de collège international de philosophie, n°40, PUF.
• LADENSON E. (2004), Proust lesbien, Paris, Epel.
• LAQUEUR T. (1992), La Fabrique du sexe. Essai sur le corps et le genre en Occident, trad. fr. M. Gautier, Paris, Gallimard.
• LE MENS, M. NANCY, J-L, (2009), L’hermaphrodite de Nadar, Paris, Créaphis.
• PRECIADO B. (2001), Manifeste contra-sexuel, Paris, Éditions Balland.
• RUBIN G. (2010), Surveiller et jouir. Anthrolopolgie politique du sexe, Paris, Epel.
• RUBIN G. (2001), Le marché au sexe, Paris, Epel.
• SEDGWICK KOSOFSKY E (1990),Épistémologie du placard, Paris, éd. Amsterdam, 2008].
• SONTAG S. (1968), “Le style Camp”, in L’oeuvre parle, Paris, Seuil.
• SPIVAK G. (1987), « French Feminism in an International Frame », Yale French Studies, n° 62 (republié dans In Other Worlds, Essays in Cultural Politics, New York, Methuen).
• VANNOUVONG, A. (2010), Les revers du genre, Jean Genet, Dijon, Les presses du réel.
• VANNOUVONG, A. (2021), C’est quoi ton genre ? editions de l’Aube.
• WITTIG M. (2000), La Pensée straight, Paris, Éditions Balland.
FICTIONS
• DESPENTES, V. (2010), Apolapyse bébé, Grasset
• DUFRENE-LAMY (2020) Jolis Jolis Monstres, Belfond
• GARRETA, A. (1986), Sphinx Paris, Grasset.
• GENET, J. (2002), Les Bonnes, Le Balcon, Gallimard.
• GENET, J. (1951), Notre-Dame-des-Fleurs, Paris, Gallimard.
• Herculine Barbin dite Alexina B, présentation de Michel Foucault (1978), Gallimard.
• PRECIADO B. (2008), Testo Junkie. Sexe, drogue et biopolitique, Grasset.
• PRECIADO B. (2000), Manifeste contra-sexuel, Balland.
• PROUST, M. (1921), Sodome et Gomorrhe, Gallimard
• SCOTT, A (2000), Superstar, Flammarion
CATALOGUE D’EXPOSITION
• Elles @centrepompidou (2009), Paris, collection du musée national d’art moderne
• Claude J. Summers, The Queer encyclopedia of the visual art, San Francisco, CLEIS press, 2004.
FILMS
• Duncan Tucke, Transamerica, Usa (2005)
• Pedro Almodovar, La piel que habito, Esp (2011)
• Céline Sciamma, Tomboy – Bande de filles, Fr (2011)
• Xavier Dolan, Laurence Anyways - Mummy, Ca (2012)
• Catherine Corsini, La belle saison, Fr (2015)
• Robin Campillo, 120 battements par minute (2017)
Séries
• Joey Solloway, Transparent, Usa. (2014-2017)
• Russel T. Davies, Cucumber, Usa. (2015)
DOSSIER 1 LITTERATURE : LE CONSENTEMENT
Dossier 1 : Introduction
Agnès Vannouvong, C’est quoi ton genre ? (essai), éditions de l’Aube (avril 2021)
Document sur Moodle
Dossier 2 : Le consentement
Vanessa Springora, Le consentement, Grasset, 2020
Camille Kouchner, La familia grande, Seuil, 2021
Lolita, Nabokov, Gallimard, 1955
Geneviève Fraisse, Du consentement, Seuil, 2007
Vanessa Springora
1. Prendre connaissance de ce lien (premières pages du roman)
2. Extraits supplémentaires
CHAPITRE 2 : LA PROIE
« Consentement : Domaine moral. Acte libre de la pensée par lequel on s’engage entièrement à accepter ou à accomplir quelque chose. Domaine juridique. Autorisation de mariage donnée par les parents ou le tuteur d’un mineur.
Trésor de la langue française
Un soir, ma mère me traîne dans un dîner où sont invitées quelques personnalités du monde littéraire. Je refuse d’abord tout net d’y aller. La compagnie de ses amis m’est devenue aussi pénible que celle de mes camarades de classe, dont je me détourne de plus en plus souvent. À treize ans, je vire franchement misanthrope. Elle insiste, se fâche, use du chantage affectif, je dois arrêter de me morfondre toute seule dans mes livres, et puis qu’est-ce qu’ils m’ont fait ses amis, pourquoi je ne veux plus les voir ? Je finis par céder.
À table, il est assis à un angle de quarante-cinq degrés. Une prestance évidente. Bel homme, d’un âge indéterminé, malgré une calvitie complète, soigneusement entretenue et qui lui donne un air de bonze. Son regard ne cesse d’épier le moindre de mes gestes et quand j’ose enfin me tourner vers lui, il me sourit, de ce sourire que je confonds dès le premier instant avec un sourire paternel, parce que c’est un sourire d’homme et que de père, je n’en ai plus. À coups de belles reparties, de citations placées toujours à propos, l’homme qui, je le comprends rapidement, est écrivain, sait charmer son auditoire et connaît sur le bout des doigts les codes du dîner mondain. Chaque fois qu’il ouvre la bouche, les rires fusent de toutes parts, mais c’est toujours sur moi que s’attarde son regard, amusé, intrigant. Jamais aucun homme ne m’a regardée de cette façon.
Je retiens au vol son nom, dont la consonance slave attise tout de suite ma curiosité. Ce n’est qu’une simple coïncidence, mais je dois mon nom de famille et un quart de mon sang à la Bohême de Kafka, dont je viens de lire avec fascination La Métamorphose ; quant aux romans de Dostoïevski, ils sont, à ce moment précis de mon adolescence, ce que je me représente comme le plus haut sommet de la littérature. Un patronyme russe, un physique de moine bouddhiste émacié, des yeux d’un bleu surnaturel, il n’en faut pas plus pour capter mon attention.
« Lors des dîners auxquels ma mère est invitée, je me laisse d’ordinaire bercer, à demi assoupie dans une pièce attenante, par le brouhaha des conversations que j’écoute d’une oreille en apparence distraite, bien que, en réalité, très affûtée. Ce soir-là, j’ai apporté un livre et me suis réfugiée après le plat de résistance dans un petit salon ouvert sur la salle à manger, où l’on sert maintenant le fromage (interminable succession de plats, à intervalles non moins interminables). De là, penchée sur les pages devenues illisibles, impossible de me concentrer, je sens à tout instant le regard de G., assis à l’autre bout de la pièce, me caresser la joue. Sa voix légèrement chuintante, ni masculine ni féminine, s’insinue en moi comme un charme, un envoûtement. Chaque inflexion, chaque mot paraissent m’être destinés, suis-je la seule à m’en apercevoir ?
La présence de cet homme est cosmique.
L’heure du départ arrive. Ce moment que je crains d’avoir rêvé, ce trouble de m’être sentie désirée pour la première fois, va bientôt prendre fin. Dans quelques minutes, nous nous dirons au revoir et plus jamais je n’entendrai parler de lui. Mais au moment où j’enfile mon manteau, j’aperçois ma mère en train de minauder avec le séduisant G., qui semble lui aussi se prêter au jeu avec naturel. Je n’en reviens pas. Bien sûr, comment ai-je pu m’imaginer que cet homme puisse s’intéresser à moi, une simple adolescente, aussi ingrate qu’un crapaud ? G. et ma mère échangent encore quelques mots, elle rit, flattée par ses attentions, et subitement je l’entends dire :
— Tu viens, ma chérie, on raccompagne d’abord Michel, ensuite G. qui n’habite pas très loin de la maison, et puis on rentre.
Dans la voiture, G. est assis à côté de moi, sur la banquette arrière. Quelque chose de magnétique circule entre nous. Son bras contre le mien, ses yeux posés sur moi, et ce sourire carnassier de grand fauve blond. Toute parole est superflue.
La semaine qui suit cette première rencontre, je me précipite dans une librairie. J’achète un livre de G., surprise néanmoins que le libraire me déconseille l’exemplaire que j’ai pris au hasard et m’oriente plutôt vers un autre choix du même auteur. « Celui-ci vous conviendra davantage », dit-il de façon sibylline. Une photo de G. en noir et blanc ponctue une longue frise de portraits du même format à l’effigie des écrivains notables de l’époque, courant tout le long des murs de la pièce. J’ouvre le livre à la première page et, coïncidence troublante (une de plus), la première phrase – pas la seconde, ni la troisième, mais la toute première, celle même qui inaugure le texte, le fameux incipit sur lequel tant de générations d’écrivains s’échinent – commence par ma date de naissance complète, jour, mois, année : « Ce jeudi 16 mars 1972, l’horloge de la gare du Luxembourg marquait midi trente… » Si ce n’est pas un signe que celui-là ! Émue autant qu’impressionnée, je quitte les lieux avec le précieux volume sous le bras, le pressant déjà contre mon cœur comme s’il s’agissait d’un cadeau du destin.
Chaque jour, c’est moi qui monte le courrier chez nous. La gardienne me le remet quand je rentre du collège. Entre diverses enveloppes administratives, j’aperçois mon nom et mon adresse tracés à l’encre bleu turquoise, d’une écriture perlée, légèrement penchée vers la gauche, en ascendance, comme si les paragraphes cherchaient à s’envoler. Au dos sont écrits de la même encre azurée le prénom et le nom de G.
De ces lettres, il y en aura beaucoup, d’une onctuosité parfaite, égrenant une kyrielle de compliments à mon sujet. Détail important, G. me voussoie, comme si j’étais une grande personne. C’est la première fois que quelqu’un de mon entourage, en dehors des profs du collège, utilise en s’adressant à moi ce « vous » qui flatte instantanément mon ego, en même temps qu’il me place d’emblée sur un pied d’égalité avec lui. Tout d’abord, je n’ose pas répondre. Mais G. n’est pas homme à se décourager pour si peu. Il m’écrit parfois deux fois par jour. Je passe désormais une tête matin et soir chez la gardienne de peur que ma mère ne tombe sur une de ces lettres que je conserve en permanence sur moi, les chérissant en secret, et me gardant bien d’en parler à qui que ce soit. Puis, à force de sollicitations, je finis par prendre mon courage à deux mains. Je rédige à mon tour une réponse prude et farouche, mais une réponse tout de même. Je viens de fêter mes quatorze ans. Il en a bientôt cinquante. Et alors ?
Dès que j’ai mordu à l’hameçon, G. ne perd pas une minute. Il me guette dans la rue, quadrille mon quartier, cherche à provoquer une rencontre impromptue, qui ne tarde pas à se produire. Nous échangeons quelques mots, et je repars transie d’amour. Je m’habitue maintenant à la possibilité de tomber sur lui à tout moment, si bien que sa présence invisible m’accompagne sur le chemin du collège, comme au retour, en allant faire des courses au marché, en me promenant avec mes camarades. Un jour, il me fixe un rendez-vous par lettre. Le téléphone, c’est bien trop dangereux, m’écrit-il, il pourrait tomber sur ma mère.
À Saint-Michel, il m’a demandé de le retrouver devant l’arrêt de la ligne de bus numéro 27. Je suis à l’heure. Fébrile, avec le sentiment de commettre une immense transgression. Je m’étais imaginé que nous irions boire un café quelque part dans le quartier. Pour bavarder, faire connaissance. À peine arrivé, il m’annonce qu’il songeait plutôt m’inviter à prendre le « goûter » chez lui. Il a acheté des pâtisseries délicieuses chez un traiteur hors de prix dont il cite le nom avec gourmandise. Rien que pour moi. L’air de rien, il traverse la rue tout en bavardant, je le suis machinalement étourdie de paroles, et me retrouve devant l’arrêt de la même ligne, en sens inverse. Le bus arrive, G. m’invite à monter, me dit en souriant de ne pas avoir peur, le ton de sa voix est rassurant. « Il ne vous arrivera rien de mal ! » Mon hésitation semble le décevoir. Je ne m’étais pas préparée à ça. Incapable de réagir, prise au dépourvu, je ne veux surtout pas avoir l’air d’une idiote. Non, surtout pas, ni d’une gamine qui ne connaît rien à la vie. « Vous ne devriez pas écouter toutes les horreurs qu’on raconte sur moi. Allez, montez ! » Mon hésitation n’a pourtant rien à voir avec le moindre commentaire de mon entourage. On ne m’a raconté aucune horreur sur lui puisque je n’ai parlé à personne de notre rendez-vous. »
Après chaque séance amoureuse où G. semble se repaître de mon corps comme un affamé, lorsque nous sommes tous les deux dans le calme de son studio, entourés jusqu’au vertige par des centaines de livres, il me berce dans ses bras comme un nourrisson, la main dans mes cheveux ébouriffés, m’appelle « mon enfant chérie », « ma belle écolière », et me conte doucement la longue histoire de ces amours irrégulières nées entre une très jeune fille et un homme d’âge mûr.
J’ai désormais un professeur particulier entièrement dévoué à mon éducation. L’étendue de sa culture est fascinante, mon admiration n’en est que décuplée, bien que les cours que je reçois en sortant du collège soient toujours très orientés.
— Sais-tu que sous l’Antiquité, l’initiation sexuelle des jeunes personnes par des adultes était non seulement encouragée, mais considérée comme un devoir ? Au XIX e siècle, la petite Virginia n’avait que treize ans lorsqu’Edgar Poe l’a épousée, en as-tu entendu parler ? Quand je pense à tous ces parents bien-pensants qui lisent à leurs enfants Alice au pays des merveilles avant de les coucher, sans avoir la moindre idée de qui était Lewis Carroll, ça me donne envie de hurler de rire.
Il avait une passion pour la photographie et a réalisé de façon compulsive des centaines de portraits de petites filles, dont celui de la véritable Alice, celle qui lui a inspiré le personnage principal de son chef-d’œuvre, l’amour de sa vie, tu les as déjà vues ?
Parce que l’album se trouve en bonne place sur ses étagères, il me montre aussi les photos érotiques qu’Irina Ionesco prenait de sa fille Eva alors qu’elle n’avait que huit ans, les jambes écartées, des bas noirs jusqu’au haut des cuisses en guise de seuls vêtements, son ravissant visage de poupée fardé comme celui d’une prostituée. (Il omet de me raconter que la garde d’Eva a par la suite été retirée à sa mère et qu’elle s’est retrouvée placée à la DDASS à l’âge de treize ans.)
Une autre fois, il peste contre ces Américains, engoncés dans leur frustration sexuelle, qui ont persécuté ce pauvre Roman Polanski pour l’empêcher de tourner ses films.
— Ce sont des puritains qui confondent tout.
CHAPITRE 3 : L’EMPRISE
Ce qui me captive, c’est moins un sexe déterminé que l’extrême jeunesse, celle qui s’étend de la dixième à la seizième année et qui me semble être – bien plus que ce qu’on entend d’ordinaire par cette formule – le véritable troisième sexe . »
G.M., Les Moins de seize ans
Il existe de nombreuses manières de ravir une personne à elle-même. Certaines semblent au départ bien innocentes.
G. entreprend un jour de m’aider à rédiger une dissertation. Mes notes étant généralement très bonnes, surtout en français, je ne ressens pas la nécessité d’évoquer avec lui mon travail scolaire. Mais, têtu comme une bourrique, et de joyeuse humeur cet après-midi-là, il a déjà ouvert sans mon accord mon cahier de textes à la page du lendemain.
— Dis donc, ta dissertation, tu l’as faite ? Je pourrais t’aider, tu sais. Tu t’y prends tard. Hum, hum, voyons voir : « Sujet d’invention : racontez un de vos exploits. »
— Non, t’inquiète, j’y ai déjà réfléchi, je la ferai tout à l’heure.
— Mais pourquoi ? Tu ne veux pas que je te donne un petit coup de main ? Ça ira plus vite, et plus vite tu auras fini, plus vite…
Sa main s’est glissée sous mon chemisier et caresse doucement mon sein gauche.
— Arrête, tu es vraiment un obsédé !
— Eh bien, moi, figure-toi que j’ai accompli un véritable exploit quand j’avais ton âge ! Tu sais que j’ai été champion d’équitation ? Parfaitement ! Et un jour…
— Ça ne m’intéresse pas ! C’est ma dissertation !
G. s’est renfrogné, puis calé contre les oreillers au fond du lit.
— Très bien, comme tu voudras. Je vais lire un peu alors, puisque mon adolescence ne t’intéresse pas…
Contrite, je me penche sur lui pour lui donner un baiser en guise d’excuse.
— Bien sûr que ta vie m’intéresse, tout m’intéresse chez toi, tu sais bien…
G. s’est redressé d’un bond.
— C’est vrai, tu veux bien que je te raconte ? Et on l’écrit en même temps ?
— Mais tu es infernal ! On dirait un môme ! De toute façon, ma prof se rendra compte tout de suite que ce n’est pas moi qui l’ai écrite, cette dissert’.
— Non, on passera tout au féminin, et on utilisera tes mots à toi, elle n’y verra que du feu.
Alors, penché sur la double feuille à grands carreaux bleus traversés d’un mince filet rouge, je commence à écrire, sous la dictée de G., de mon écriture fine et appliquée, studieuse comme toujours, l’histoire d’une jeune fille qui est parvenue, lors d’un parcours extrêmement périlleux, à sauter dix obstacles en quelques minutes sans jamais renverser ni même effleurer aucune des barres, altière sur sa monture de compétition, acclamée par une foule de spectateurs transis devant son adresse, l’élégance et la précision de ses mouvements – découvrant par la même occasion tout un jargon qui m’est inconnu et dont je dois lui demander le sens au fur et à mesure, et ce, alors que je ne suis montée à cheval qu’une seule fois dans ma courte vie et me suis retrouvée illico chez le médecin, couverte d’eczéma, toussotant, pleurant à cause de l’œdème qui avait fait doubler de volume mon visage cramoisi.
Le lendemain, je remets, honteuse, ma dissertation entre les mains de notre professeure de français. La semaine suivante, en rendant les copies, elle s’exclame (crédule ou pas, je ne le saurai jamais) : « Vous vous êtes surpassée, cette semaine, V. ! 19/20, il n’y a rien à dire, c’est la meilleure note de la classe. Alors, écoutez-moi bien, les autres, je vais faire circuler le travail de votre camarade et je vous demande à tous de le lire avec attention. Et prenez-en de la graine ! J’espère que ça ne vous embête pas, V., d’autant que vos amis apprendront par la même occasion quelle cavalière hors pair vous faites ! »
La dépossession commençait comme ça, entre autres choses.
Par la suite, jamais G. ne s’intéressera à mon journal, ne m’encouragera à écrire, ne m’incitera à trouver ma voie.
L’écrivain, c’est lui.
En 1974, soit douze ans avant notre rencontre, G. publie un essai intitulé Les Moins de seize ans, sorte de manifeste en faveur de la libération sexuelle des mineurs qui fait scandale, en même temps qu’il lui apporte la célébrité. Avec ce pamphlet hautement corrosif, G. ajoute à son œuvre une dimension sulfureuse qui accroît l’intérêt porté à son travail. Considéré par ses amis comme un suicide social, c’est au contraire ce texte qui lancera sa carrière littéraire en le faisant connaître du grand public.
Je ne l’ai lu et n’en ai compris la portée que bien des années après notre séparation.
G. y défend notamment la thèse selon laquelle l’initiation sexuelle des jeunes personnes par un aîné serait un bienfait que la société devrait encourager. Cette pratique, d’ailleurs répandue sous l’Antiquité, serait le gage de la reconnaissance d’une liberté de choix et de désir des adolescents.
Les très jeunes sont tentants. Ils sont aussi tentés. Je n’ai jamais arraché ni par la ruse ni par la force le moindre baiser, la moindre caresse », y écrit G. Il oublie cependant toutes les fois où ces baisers et ces caresses ont été monnayés, dans des pays peu tatillons sur la prostitution des mineurs. À en croire la description qu’il en fait dans ses carnets noirs, on pourrait même penser que les enfants philippins se jettent sur lui par pure gourmandise. Comme sur une grosse glace à la fraise. (À l’inverse de tous ces petits bourgeois occidentaux, à Manille, les enfants, eux, sont libérés.)
Les Moins de seize ans milite pour une complète libéralisation des mœurs, une ouverture des esprits qui autoriseraient enfin l’adulte à jouir non pas « de » l’adolescent, bien sûr, mais « avec » lui. Beau projet. Ou sophisme de la pire espèce ? Que ce soit dans cet ouvrage, ou dans la pétition que G. publiera trois ans plus tard, lorsqu’on y regarde vraiment de près, ce ne sont pas les intérêts des adolescents qu’il défend. Mais bien ceux des adultes « injustement » condamnés pour avoir eu des relations sexuelles avec eux.
L’abus sexuel se présente de façon insidieuse et détournée, sans qu’on en ait clairement conscience. On ne parle d’ailleurs jamais d’« abus sexuel » entre adultes. D’abus de « faiblesse », oui, envers une personne âgée, par exemple, une personne dite vulnérable . La vulnérabilité , c’est précisément cet infime interstice par lequel des profils psychologiques tels que celui de G. peuvent s’immiscer. C’est l’élément qui rend la notion de consentement si tangente. Très souvent, dans les cas d’abus sexuel ou d’abus de faiblesse, on retrouve un même déni de réalité : le refus de se considérer comme une victime. Et, en effet, comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant ? Quand, en l’occurrence, on a ressenti du désir pour cet adulte qui s’est empressé d’en profiter ? Pendant des années, je me débattrai moi aussi avec cette notion de victime, incapable de m’y reconnaître.
Camille Kouchner, La familia grande, 2021
1. Prendre connaissance de ce lien (premières pages du roman)
2. Extraits supplémentaires
Victor m’a demandé de venir le voir dans sa chambre. C’était après la première fois. Quelques semaines après, je crois. Il m’a dit : « Il m’a emmené en week-end. Tu te souviens ? Là, dans la chambre, il est venu dans mon lit et il m’a dit : “Je vais te montrer. Tu vas voir, tout le monde fait ça.” Il m’a caressé et puis tu sais... »
Je connais mon frère, il est apeuré. Plus qu’emmerdé de me parler, il guette mon regard, essaye de savoir : « C’est mal, tu crois ? » Ben non, je ne crois pas. Puisque c’est lui, c’est forcément rien. Il nous apprend, c’est tout. On n’est pas des coincés !
Mon frère m’explique : « Il dit que maman est trop fatiguée, qu’on lui dira après. Ses parents se sont tués. Faut pas en rajouter. » Là, je suis bien d’accord.
Il me dit aussi : « Respecte ce secret. Je lui ai promis, alors tu promets. Si tu parles, je meurs. J’ai trop honte. Aide-moi à lui dire non, s’il te plaît. »
Et parfois : « Je ne sais pas s’il faut se fâcher. Il est gentil avec moi, tu sais. »
Mon cerveau se ferme. Je ne comprends rien. C’est vrai qu’il est gentil, mon beau-père adoré.
Je les ai si souvent vus faire. Je connais bien leur jeu. À Sanary, certains des parents et enfants s’embrassent sur la bouche. Mon beau-père chauffe les femmes de ses copains. Les copains draguent les nounous. Les jeunes sont offerts aux femmes plus âgées.
Je me souviens du clin d’œil que mon beau-père m’a adressé lorsque, petite, j’ai découvert que sous la table il caressait la jambe de la femme de son copain, le communicant avec lequel nous étions en train de dîner. Je me souviens du sourire de cette femme aussi. Je me souviens des explications de ma mère à qui je l’ai raconté : « Il n’y a rien de mal à ça, mon Camillou. Je suis au courant. La baise, c’est notre liberté. »
Je me souviens encore que, après une autre soirée, une main courante a été déposée. La jeune femme, à peine 20 ans, était endormie lorsqu’un garçon s’était glissé dans son lit. Elle s’était enfuie à Paris et avait prévenu ses parents. Des explications avaient suivi. La jeune femme a été répudiée, vilipendée par mon beau-père et ma mère, effarés par tant de vulgarité. Quant à moi, on m’a expliqué ce qu’il fallait en comprendre : la fille avait exagéré.
Mais avec mon frère, ça aussi c’est autorisé ?
*
Un an. Des années. Deux ou trois. Je ne sais pas. À Paris, à Sanary.
Mon beau-père entrait dans la chambre de mon frère. J’entendais ses pas dans le couloir et je savais qu’il le rejoignait. Dans ce silence, j’imaginais. Qu’il demandait à mon frère de le caresser peut-être, de le sucer.
J’attendais. J’attendais qu’il ressorte de la chambre, plein d’odeurs inconnues et immédiatement détestées. Il entrait ensuite dans la mienne. Ma nouvelle chambre qui désormais séparait celle de Victor de celle des parents. Cette chambre-péage. Cette chambre-témoin obligé. Pendant ces longues années.
Mon beau-père entrait dans ma chambre et, sans doute pour me faire taire, s’asseyait sur mon lit. Il me disait : « Tu as mis une culotte ? Tu sais que je ne veux pas que tu mettes de culotte pour dormir. C’est sale. Ça doit
respirer. » Il me disait : « Tu sais, pour ta mère, chaque jour est une victoire. Chaque jour est un jour de gagné. Laissez-moi faire. On va y arriver. »
Il entrait dans ma chambre, et par sa tendresse et notre intimité, par la confiance que j’avais pour lui, tout doucement, sans violence, en moi, enracinait le silence.
*
La culpabilité est comme un serpent. On s’attend à ce qu’elle se déploie en réaction à certains stimuli mais on ne sait pas toujours quand elle viendra vous paralyser. Elle fait son chemin, trace ses voies. La culpabilité s’est immiscée en moi comme un poison et a bientôt envahi tout l’espace de mon cerveau et de mon cœur. La culpabilité se déplace d’objet en objet. Elle se greffe plusieurs visages et vous fait regretter tout et n’importe quoi. Ma culpabilité a plusieurs âges. Elle fête tous ses anniversaires en même temps que moi. Ma culpabilité est ma jumelle. Une nouvelle gémellité.
Et d’abord, la culpabilité noie la mémoire. Elle efface les dates pour laisser sa proie dans le noir. Ni Victor ni moi ne pouvons dire avec certitude l’âge que nous avions à ce moment-là. 14 ans, je crois.
*
À cet âge-là, ma culpabilité naît du mensonge. Elle est légère. Je mens à ma mère et je n’aime pas ça, mais je veux avancer, je veux m’amuser. Bien sûr, il y a les suicidés et le désespoir de mes aînés, bien sûr, mon souffle est déjà coupé, mais rien dans mes tripes ne se tord encore.
Année de seconde. Ma concentration, mon énergie sont consommées. Contrairement à ce que disent les profs, je bosse. Contrairement à ce que disent ceux qui me parlent, je les écoute. Mais je n’entends plus rien. Je ne comprends plus rien. Je ne comprends même pas pourquoi. Le tableau noir est une torture. En sciences surtout. Toute logique m’échappe.
Fin de la seconde. Je disparais. Je me dissous pour mieux me taire. Je ne suis pas à la hauteur des attentes de ma mère. Je veux faire des lettres et elle n’est pas d’accord. Elle prévient mon père, qui s’exaspère. À Henri-IV, les profs râlent : « Elle pourrait faire mieux si elle bossait un peu. On ne la prend pas en scientifique. Elle fera sa première S à Fénelon, si vous tenez à la forcer. Son frère, lui, peut rester. »
La seconde. Une année blanche. Année de coton, et de lumière surexposée. Pas beaucoup mieux en première. Rien à faire. Je laisse faire.
Je laisse faire ma mère : « Ton frère Victor s’en va. Il veut partir. Il est trop chiant. Viouli a tout organisé, il lui a pris une chambre dans l’immeuble d’en face. Vous n’avez que 17 ans mais je veux qu’il parte, qu’il arrête de tout critiquer. »
Sans Victor à la maison, à jamais, je suis divisée. Colin est parti depuis longtemps. Je suis sans mes frères. Je reste seule face aux parents, avec Luz et Pablo, et avec mon secret.
*
Je suppose que l’inceste a cessé quand Victor est parti, mais je n’en suis pas sûre. Mon frère s’est éloigné et je n’ai plus vraiment su ce qu’il se passait.
Pour moi, les années qui ont suivi ont été des années d’alerte permanente. Des années de dédoublement, de dissociation. Des années de violentes contradictions. La colère n’est pas venue tout de suite. L’incompréhension a subsisté longtemps, suivie du silence, pour un moment encore plus long.
Les années qui ont suivi ont été des années de coupable adoration.
Pendant toutes ces années, plus que me taire, j’ai protégé mon beau- père. Notamment lorsque mon frère a décidé de le stopper, lorsque Victor m’a dit qu’il tentait de le fuir : « J’en ai rien à foutre de ce con, fais comme si de rien n’était. Fais-le, pour Évelyne. Lui aussi va se suicider et elle ne va pas le supporter. »
Pendant toutes ces années, et longtemps après, j’ai protégé mon beau- père.
Pas parce que mon frère me le demandait mais parce que je l’aimais comme un père et que dans l’explosion de notre famille, face à la dérive de ma mère, il était tout ce qu’il me restait.
Parce qu’il organisait nos vacances, nous emmenait au ciné et bientôt m’apprendrait le droit.
Parce que toute mon enfance, toute mon adolescence, après les suicides, mon beau-père m’a portée. Parce qu’il savait ce que me murmurait Paula, ce que m’apprenait ma mère, ce qu’était Marie-France pour moi. Parce qu’il essayait tant bien que mal de me relever. Parce que personne d’autre que lui ne m’offrait cela. Parce qu’il me connaissait par cœur, avec son cœur.
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Ces années sont passées, en silence, calmement. Années de cris sourds, pourtant.
Auprès de ma mère, je m’efface. Je me tais pour l’alerter.
Lors d’un dîner en « thalasso post-suicides », je lui dis : « Je suis là mais je ne suis pas là. » On a pourtant, et pour la première fois, du temps à deux. Rituel thalasso depuis le revolver et les médocs. Une semaine en tête à tête pour que ma mère arrête de boire. Une semaine pendant laquelle elle souffre et travaille d’arrache-pied. Une semaine à la supporter. Une semaine avec des vieux, des chignons qui toussent, des ennuyeux. Une semaine loin de mes frères. Une semaine où j’ai été désignée pour protéger ma mère.
Bien sûr, elle veut le cacher. Elle a honte du fric dépensé et me prévient : « Je t’offre ça mais promets-moi que tu perds trois kilos. » On bouffe rien, on est dans l’eau toute la journée. Le maillot de bain humide et les doigts fripés, mycoses assurées. En peignoir, à s’emmerder. On essaye de ne pas se bouffer le nez.
Je vogue. Je flotte. Je navigue sur la réalité. Mais quand, à table, elle me dit : « On s’emmerde, tu pourrais me parler », et m’impose de redescendre de mon absence, je suis interloquée. Mon cerveau m’envoie l’info : nous étions là, elle était là, j’étais là. Il faut parler.
Que dire à ma mère que j’aime tant ? « Je suis là mais je ne suis pas là, maman » ? Je ne pense à rien d’autre. Je voudrais lui parler mais je n’ai rien à lui dire. Rien ne vient. Évelyne se met en colère : « Comment peux-tu ? Te rends-tu compte de ta violence ? Je t’invite ici et tu n’arrives pas à être avec moi. » Elle pleure. Sans alcool, elle pleure. Sans sa mère, ma mère pleure. Et moi, je suis là mais je ne suis plus là.
1995. J’ai 20 ans.
Colin part vivre au Texas, Victor à Madrid. Je reste à Paris. Paralysée. Anesthésiée.
Victor part en voiture. Sur le trottoir, je sens mon estomac se retourner. Première séparation « je m’en vais ». Première séparation « je compte sur toi, ma sœur, pour ne rien laisser s’effondrer, je reviendrai ».
Colin est trop loin pour que je puisse l’appeler. Nous nous écrivons des lettres profondes et bavardes qui me permettent de me taire.
Leur départ est pour eux une chance. Un soulagement, même. Je ne leur en veux pas. Mais je suis seule et je comprends, pour la première fois, que je le resterai.
Puis l’hydre montre un nouveau visage. Dans nos silences, nos regards échangés, le serpent mord. Je suis coupable d’avoir participé.
La brûlure au fond de mon ventre, cette torture subreptice et constante, me laboure le crâne. Une culpabilité qui, plusieurs fois dans la journée, jaillit et bouscule ma sidération : en ne désignant pas ce qui arrivait, j’ai participé à l’inceste. Pire, j’y ai adhéré. « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde. » Je sais, maman.
Ma culpabilité est celle du consentement. Je suis coupable de ne pas avoir empêché mon beau-père, de ne pas avoir compris que l’inceste est interdit.
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L’hydre se déploie. S’ajoute la violence de la honte. Je regarde ma mère et j’ai honte de ce qui est arrivé. Avec Victor, j’ai accepté. Il n’est pas le seul à s’être laissé faire. Il n’est pas le seul à avoir trompé ma mère. Car, à 14 ans, j’ai préféré me taire. Car, à 14 ans et pour longtemps, j’ai préféré garder l’amour de mon beau-père plutôt que de m’en éloigner.
La culpabilité que porte mon frère, je la porte aussi. Je savais, et je n’ai pas voulu l’empêcher. Je le sais, maman. Le regard de mon beau-père, sa tendresse, le père que j’en ai fait font de moi sa complice. Je l’ai accepté, peut-être même souhaité. Je suis coincée.
Et de cette pensée naît aussitôt le remords de voler à mon frère la violence qu’il a, seul, subie.
*
Le monstre est pervers. Il diffuse des contre-vérités : « Ce n’est pas ton combat. Simple dépositaire d’un secret d’enfant, tu n’as pas le droit de te plaindre. À toi, il n’est rien arrivé. Tu n’as aucune légitimité. »
Impossible de vaincre l’hydre tant qu’on ne se sait pas victime.
Dans mes oreilles, ma mère chante Julien Clerc : « Promets-moi de faire silence avec mes souvenirs d’enfance... ».
L’année suivante, Colin a décidé d’envoyer son fils quelques jours auprès de ma mère. Colin a voulu envoyer son fils, 2 ans et demi, seul à Sanary.
Dans ce contexte, plus aucune nuance ne tenait. Victor a immédiatement vu l’urgence.
Il est allé trouver notre frère. Il lui a dit : « N’envoie pas ton fils là-bas. Je vais te raconter. » Colin était en colère.
Puis Colin s’est souvenu. Il n’était pas si surpris. Le beau-père qui venait parfois le voir dans sa chambre, rue Joseph-Bara. Le beau-père qui venait lui mesurer le sexe avec un double décimètre dès que ma mère regardait ailleurs... Les souvenirs de Colin sont revenus.
Son fils n’est pas allé à Sanary et Colin s’est fâché. Contre moi, sa sœur. Comme Alice, ma belle-sœur. Au début. « Pourquoi n’as-tu rien dit ? Ma sœur, tu m’as trahi ! »
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Lolita, Nabokov, 1955 (livre déposé sur Moodle)
Ce roman pourrait-il sortir aujourd’hui ?
Confronter Lolita à ce qui se passe aujourd’hui
Le livre a fait scandale. Il met en scène un homme de 37 ans, Humbert Humbert, épris de Lolita, 12 ans : « Une histoire de passion et d'amour entre une nymphette et un homme d'âge mur qui se joue des thèses freudiennes, des stéréotypes culturels américains et parodie les conventions littéraires attachées au personnage de l'adolescente. »
Le point de vue du bourreau. Pas de jugement ( ?).
https://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20141121.OBS5824/lolita-chef-d-uvre-ou-livre-immonde.html
https://www.letemps.ch/culture/lolita-vanessa-springora
https://www.liberation.fr/culture/2018/07/20/lolita-c-est-pas-sa-faute-a-elle_1667837/
Geneviève Fraisse, Du consentement, Seuil, 2007
Début du livre
https://books.google.fr/books/about/Du_consentement.html?id=13o5DwAAQBAJ&printsec=frontcover&source=kp_read_button&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false
« J’ai longtemps pensé que l’acte de consentir relevait de l’intimité la plus grande, mélange de désir et de volonté dont la vérité gisait dans un moi profond. Lorsque j’ai entendu ce mot consentement dans des enceintes politiques, Parlement européen, débats télévisuels, discussions associatives, j’ai compris qu’il pénétrait l’espace public comme un argument de poids.
Je voyais bien que la raison du consentement, utilisée pour défendre le port du foulard, ou exercer le métier de prostituée, s’entourait de principes politiques avérés, la liberté, la liberté de choisir, la liberté offerte par notre droit ; et la résistance, la capacité de dire non à un ordre injuste. Car dire « oui », c’est aussi pouvoir dire « non », l’âpreté de l’établissement d’un viol nous le rappelle méchamment.
J’ai beaucoup cherché, des années durant, à identifier les lieux de l’autonomie des femmes contemporaines. Ce travail sur le consentement m’entraîne, désormais, dans la pensée du lien, du mouvement de l’un vers l’autre des êtres, de chacun des êtres que nous sommes. Par là commence, ainsi, la construction d’un monde. »
Itw avec Geneviève Fraisse sur la notion de consentement
« Le consentement est un mot archaïque ». Dans l'édition augmentée de son ouvrage « Du Consentement », la philosophe française Geneviève Fraisse voit le refus de consentir comme une nouvelle arme d'émancipation féminine nécessaire.
https://i-d.vice.com/fr/article/d3dyvy/le-consentement-est-un-mot-archaique-genevieve-fraisse