Métamorphoses de la démocratie à l'époque moderne : discours et pratiques

La crise de la démocratie occidentale est un thème récurrent depuis le début du nouveau millénaire. Tantôt l’accent est mis sur les signes d’une désagrégation interne, tantôt sur les menaces extérieures. Ce cours retrace les débats sur la démocratie à l’époque moderne, qui se sont longtemps inspirés des modèles antiques, notamment athéniens. À partir du XVIe siècle, le concept de démocratie apparaît toutefois également comme une catégorie descriptive appliquée à des communautés politiques réelles. Jean Bodin et Josias Simler ont qualifié (tous deux en 1576) les cantons ruraux suisses (dotés d’une Landsgemeinde), les Grisons et le Valais de « démocratiques ». Après quelques précurseurs isolés (Genève, Valais, Grisons), le terme fut de plus en plus utilisé en Suisse vers 1700, y compris en tant que concept d’orientation politique. Cette tendance – encore faible au départ – se répandit à travers l’historiographie, voire l’historiographie populaire, et trouva tant des partisans que des détracteurs dans les discours des Lumières. Le débat constitutionnel américain a suscité un écho plus important et soulevé des questions plus vastes. La Révolution française, en particulier, a donné une nouvelle base au débat sur la démocratie. La République issue de la Révolution englobait, outre la démocratie – désormais qualifiée de « représentative » –, la séparation des pouvoirs et les droits de l’homme. En Suisse, les réactions face aux « nouveaux » démocrates et à la République Helvétique instaurée par la France sont variées et ambivalentes, tant sur le plan rhétorique que politique. Le débat porte sur les différentes formes de démocratie : la démocratie « pure » ou « représentative », la « véritable » démocratie ou la démocratie « absolue » et s'entremêle avec des questions du communalisme et du fédéralisme.