- Docente: Philippe Lucien Raoul Frieden
Depuis l’Antiquité, les monstres occupent une place singulière dans les traités de géographie ou d’histoires naturelles. Hors normes, ils voisinent avec d’autres raretés animales ou minérales. On les retrouve, plus tard, dans des ouvrages spécialisés qui, en latin, décrivent l’Orient, ses richesses mais aussi ses mystères et tout ce qui en fait un espace d’émerveillement et d’effroi.
Écrit au XIIIe, traduction et adaptation du livre III du De natura rerum de Thomas de Cantimpré, les Monstres des hommes s’inscrit dans cette veine naturaliste qui tente de rendre accessible au lecteur occidental une partie des énigmes que recèlent les zones inconnues du monde. Pourtant, cette version offre de façon inattendue un autre point de vue sur la question : mêlant description d’êtres fabuleux et commentaires savants, elle instaure une distance critique qui progressivement fait voir d’un autre œil l’anormalité orientale. Sous la plume de l’auteur anonyme, ce qui est monstrueux réside moins dans un lointain inconnu que dans le monde même du lecteur. C’est à côté de lui ou d’elle que vit le véritable monstre.
Le séminaire reprendra la question de la généalogie des monstres, de leur proximité avec la question de l’animal ou de la merveille, mais il interrogera également cette critique qui se fait sentir dans un texte aux allures faussement conventionnelles