Dans le Japon d’Edo (1603-1868), la désagrégation du modèle sinocentrique nourrit, en retour, la conscience nationale d’un pays qui, depuis le tournant du XVIIe siècle, avait achevé son unification politique, économique et culturelle. À mesure qu’un intérêt accru pour l’altérité se développe, qu’elle soit intérieure (découverte de la ruralité, etc.) ou extérieure (exotisme des marges, des pays limitrophes ou lointains), cartographes, ethnographes, botanistes, amateurs d’art ou de curiosités, pèlerins, poètes ou exilés des confins, de nombreux lettrés quittent leur foyer pour explorer l’ailleurs et l’autrui. Sur ordre de leur seigneur ou par intérêt personnel, ils mesurent, décrivent ou cataloguent le territoire, recueillent et classent objets, idiomes ou pratiques, laissant une production abondante sous la forme de peintures, de croquis, de carnets de notes, de récits de voyage, de monographies encyclopédiques, qui semble être à la fois la matrice de pratiques scientifiques à venir et une source documentaire inépuisable pour les sciences humaines modernes.

À travers une série de sources écrites et iconographiques (xylographies, manuscrits, peintures), nous réfléchirons sur la production et la circulation des savoirs régionaux, sur leur diffusion dans la culture populaire, ainsi que sur les perceptions de l’espace et des territoires qu’ils contribuent à façonner.